La Cuaz (Le Grand Abergement) - 1.200 m

 

Les premier jours…

 

Vers la fin des années 50, mon père, Roger Perrouse (1913-1990),  président-fondateur de  l’Amicale Mycologique de Bellegarde, louait la ferme de La Cuaz au Docteur Récamier de Lyon.

 

Mon père connaissait bien ce lieu car il avait souvent  parcouru le plateau Retord qu’il affectionnait. ​

 

 

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Les membres de cette amicale avaient remis en état la partie habitation afin de créer un lieu de rencontre entre mycologues. La partie grange était alors occupée par un éleveur pour y entreposer le foin. De belles journées se sont déroulées à La Cuaz dont je garde de bons souvenirs. A Bellegarde, ils se réunissaient au siège: le bar Béatrix situé à l’extrémité de la Rue Lafayette côté Pont de Savoie.

 

Amoureux du Plateau, la plupart d’entre eux n’avaient pas de véhicule pour s’y rendre et faisaient de longue randonnées pédestres à la recherche de champignons. Les finances de l’Amicale permettaient de louer une fois par mois soit le car de M. Romand, soit la camionnette de M. Gros le taxiteur.

 

 

Un matin d’automne, un premier groupe découvrit la ferme qui, en grande partie abandonnée. séduisit les participants. Ils décidèrent d’un commun accord de remettre en état la partie habitation et les abords. Chacun donna son avis avant de s’égayer aux alentours.

 

Le mois d’après, bien que tentés de parcourir les combes et les bois,  chacun apporta sa contribution et les outils nécessaires selon ses compétences et se mit au travail toute la matinée sous le regard satisfait de mon père.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les dames furent chargées de l’aménagement intérieur. Pour ma part, jeune adolescente, je me souviens avoir découvert un grand coffre à bois plein de journaux, magazines, calendriers qui n’avaient plus d’âge mais dont l’intérêt historique m’a passionnée. Je ne fis donc pas grand-chose si ce n’est que de me plonger dans  la lecture de ce trésor épargné par  les moisissures. Quel crève-cœur d’avoir du sacrifier de belles pages pour alimenter le poêle noir qui marchait encore !

 

Pendant ce temps, les messieurs ont relevé et consolidé l’auvent de tôle qui s’était affaissé sous le poids des neiges hivernales. Saïd et Pète ont remonté la cheminée, l’ont couverte. Cet exploit terminé ils ajoutèrent une belle démonstration d’exercices : pompes et poirier… applaudies par l’auditoire ravi.

 

Une longue table et des bancs fabriqués avec planches et rondins trouvés sur place furent inaugurés le jour même au cours du repas de midi réunissant les mets et boissons apportés par les uns et les autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La récompense de cette matinée laborieuse fut  le départ pour la cueillette but de cette journée. Chaque fois mon père demandait de rapporter avec sa récolte  tous les champignons,  même inconnus, qu’on pouvait trouver. Au retour, mon père, féru de mycologie, proposait une séance de détermination, le but de l’Amicale étant d’enrichir les connaissances  de chacun.

 

Les fois suivantes…

 

Le puits infernal

 

Un puits était situé à quelques mètres de la ferme. La première précaution prise fut de le sécuriser. Sur la margelle qui n’était pas très haute, les mycologues bricolèrent un savant tressage de branches et ont réfléchi comment pouvoir utiliser cette eau si précieuse  mais très polluée. Ils s’employèrent donc à en un premier temps à en retirer les encombrants divers. Puis ils passèrent à la purification ayant bien conscience que le puits était contaminé par des bactéries et d'autres pathogènes dangereux. Un traitement efficace  a consisté à ajouter des litres d'eau de Javel ce qui permettrait de rendre l’eau potable.

 

Dans la quinzaine  qui suivit, mon père et un ami allèrent constater l’état du puits. Quelle ne fut leur surprise de voir quelques petites lentilles d’eau envahissant une partie de la surface. Sachant que ces plantes aquatiques prolifèrent très vite, il fallait absolument les éliminer.

 

Chacun chercha une solution même la plus farfelue mais très écologique : l’adoption d’un canard qui raffole de ces plantes !!!!

Mon père préféra fabriquer un ingrédient magique (mais chimique)  qui fut jeté solennellement dans l’eau. Le mois suivant, on dégage le puits et quelle déception …la multiplication végétative était telle que l’on ne voyait plus l’eau !!!

 

L’idée de boire un jour l’eau du puits fut abandonnée et on continua d’apporter des bonbonnes d’eau pour la cuisine et les boissons.

 

 

Des repas originaux

 

Chacun apportait son plat favori et le repas de midi devenait un véritable moment de partage. Le poêle était mis en marche  dès notre arrivée ce qui permettait de réchauffer ou de mijoter les aliments. En complément, un feu de bois extérieur était allumé. Je n’oublierai jamais les diots cuits au vin blanc par notre ami Lonlon qui régalèrent toute la compagnie.

 

Un jour, malgré la grisaille d’une fin d’automne, nous sommes montés bien décidés de faire une dernière cueillette et de préparer la ferme pour son hivernage. Il est vrai que notre «  chalet » (c’est ainsi que nous l’appelions avait fière allure) et que nous l’entretenions avec soin.

 

Dès notre arrivée  sur le plateau, une pluie froide et bien déterminée à durer nous obligea à nous réfugier à l’intérieur. Ne pouvant rester inactifs,  chacun trouva une occupation et les plus courageux partirent avec bottes et pèlerines.

 

De champignons : la récolte fut maigre. Par contre dans les paniers il y avait de nombreux escargots. L’idée de les manger sur place  germa dans les esprits. Impossible, ils n’avaient pas jeuné et dégorgé. Retirés de leur coquille et  lavés dans plusieurs bains, ils furent embrochés sur des rayons d’une vielle roue de bicyclette trouvée sur place par notre ami Pette.

 

Cuits au feu de bois… quel régal !!!

 

 

 

Concert dans la combe.

 

La clé du chalet était au siège de l’amicale. Il avait été décidé que chacun pouvait, s’il le souhaitait, emmener sa famille ou ses amis pour passer une journée sur le plateau et profiter de ses commodités.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un jour nous y avons emmené des  cousins de mon père. Cousine Yvonne était maîtresse d’application dans une Ecole Normale. Distinguée mais stricte et l’œil sévère, elle s’exprimait en termes choisis.

 

La beauté du site l’inspira et soudain, elle entonna:

 

Colchiques dans les prés  

 

une chanson enfantine qui s’harmonisait parfaitement avec les lieux… Nous eûmes ensuite droit à une succession de chants :

 

Mon beau chalet 

 

Dans la forêt lointaine

 

Vent frais, vent du matin 

 

J’ai descendu dans mon jardin

 

Et l’inévitable :

 

J’ai ramassé des champignons

 

qu’il nous fallu reprendre en chœur :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai ramassé des champignons :

J’ai ramassé des champignons,

des bleus et des oranges,
J’ai ramassé des champignons,
Qui poussaient sur le frais gazon.

Des p'tits, des gros, des grands, des minces,
Des tout-petits et des géants.
Des p'tits, des gros, des grands,

Des blancs des minces,
Des tout-petits et des géants.

Je les ai mis dans mon panier,
Les blancs, les bleus et les oranges,
Je les ai mis dans mon panier,
À maman je les ai portés.

Les p'tits, les gros, les grands, les minces,
Les tout-petits et les géants.
Les p'tits, les gros, les grands, les minces,
Les tout-petits et les géants.

 

 

Monique Broussais-Perrouse

 

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crédit photos: famille Perrouse

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