Les Routes (Le Grand Abergement) - 1.065 m

La cheminée des Routes

 

 

Outre le conduit extérieur de sa cheminée, daté de 1791 qui "affiche" la couleur avec des fleurs de lys et le monogramme religieux IHS  ornant son sommet, à l'intérieur, elle dispose d'une cheminée remarquable qui mérite d'être regardée de plus près...

 

Mais replaçons-nous dans le contexte de l'époque:

après la révolution, les députés votent le 2 novembre

1789 la nationalisation des biens de l'église. Tous

les biens du clergé sont "mis à la disposition de la

nation". Dans notre région, les chartreuses (Arvières,

Meyriat, Pierre Châtel et Portes) ainsi que l'abbaye

de Saint Sulpice sont démantelées et leurs biens

vendus (terrains, granges).

 

Le 12 juillet 1790, la Constituante adopte une

Constitution civile pour le clergé, le 27 novembre

1790, comme le pape Pie VI s'y oppose, l'Assemblée

exige du clergé un serment de fidélité à la

Constitution, le 13 avril 1791 déclare "hérétique

et schismatique".

 

En février 1791, Jean Baptiste ROYER, originaire de l'Ain,

curé et député de Paris, est "élu évêque" de Belley et prend

ses fonctions le 18 avril 1791. Par une lettre pastorale du 3 mai, il critique les curés et prélats qui n'ont pas voulu prêter serment. Il ordonne à tous les curés du diocèse de la lire "en prône", mais seuls 22 sur 268 le firent.

 

 

C'est à cette période, en septembre 1791, que Benoit COSTAZ, curé du Grand Abergement, ayant refusé de prêter serment à la Convention fut remplacé par André COLLET, vicaire du Petit Abergement.

 

 

 

Les frères ALLEYMOZ, propriétaires des Routes, cachaient des prêtres réfractaires dans un réduit dissimulé dans une fausse cloison, l'Abbé COSTAZ a été hébergé dans cette ferme. En fructidor an VI (fin août 1798) au cours d'une visite domiciliataire, il a été trouvé, caché à l'intérieur de la ferme, des ornements religieux et des surplis... mais pas trace des prêtres recherchés. 

 

Dans cette période troublée, le manteau de la cheminée est un acte de foi complet, le premier cartouche en haut à gauche est lisible:

 

Les deux chandeliers qui entourent l'Esprit Saint symbolisent  l'autel et la communion dans la continuité de la phrase précédente.

 

Les deux étoiles avec un cartouche vide (peut être incomplet ?) au milieu sont deux pentagrammes dont les cinq branches pourraient représenter les cinq plaies du Christ.

 

Suivent ensuite, la croix, au pied de laquelle est mis une tenaille et un marteau et sur laquelle est posé une échelle et une lance, on aperçoit également deux fouets, le coq (de Saint Pierre) avec le soleil au-dessus et probablement une urne. On retrouve ici le thème de la crucifixion.

 

La fleur de Lys clos cette allégorie et figure une autre vision du monde...  symbole que l'on retrouve sur la cheminée extérieure.

 

 

Puis vient: "En vérité, en vérité..." représenté ici par quelques lettres un peu énigmatiques sur la pierre de la cheminée...

 

Quand au long bandeau en bas du manteau de la cheminée, il resitue bien le contexte dans lequel les croyants vivent les évènements de l'époque et considèrent les révolutionnaires d'alors. Le message est clair.

 

Suivent ensuite plusieurs figurations:

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